Petit paon de nuit (Saturnia pavonia) de l’œuf au papillon

J’ai commencé cet élevage un peu malgré moi. En effet, le 22 avril 2016, lors d’une soirée papillons, une femelle de petit paon de nuit est venue au drap et y a pondu  33 œufs. Au moment de tout plier, j’ai du les décrocher et me suis dit pourquoi pas élever les chenilles ? Surtout que les œufs sont censé être « collés » au support, je ne voulais pas trop les poser au sol. Et en plus j’ai lu que les chenilles étaient simples à élever et pouvaient sans problèmes se nourrir de ronces, que je trouve facilement vers chez moi. Alors en avant !

Voici la femelle qui a pondu au drap.
Les œufs le lendemain de la ponte.
Puis 5 jours plus tard.
Ils ont beaucoup noirci, ou plutôt le dépôt laissé par la femelle après la ponte.

Je les ai placés dans une boite style faunarium d’exoterra, avec du sopalin juste sous le couvercle, pour éviter que les futures chenilles ne s’échappent par les trous d’aération. Je place les œufs sur des feuilles de ronces, que je chance tous les 2 jours.
Les jours et les semaines passent. Je lis à droite à gauche que les éclosions ont en général lieu entre le 10ème et le 15ème jour. Le 15ème jour arrive, les œufs se creusent sur le côté, je commence à perdre espoir et à croire qu’ils n’étaient pas fécondés. Puis le 10 mai soit 18 jours après la ponte, les petites chenilles sont là !

Elles ont déjà bien mangé et le fond de la boite est plein de minuscules crottes.

Voici les œufs vides.
Entre le 18 et le 22 mai, la première mue a eu lieu. Voici les vieilles peaux des chenilles. J’ai eu une perte dans le lot.

Elles sont un peu plus grosses, et ont un petit liseré orange sur les flancs.

Elles sont un peu plus vives et voraces qu’au premier stade, mais continuent de manger groupées.
Le 27 mai la 2ème mue commence. Elle est plus échelonnée que la première. Les chenilles prêtes à muer se figent, et semblent toutes serrées dans leur vieille peau, elles sont boudinées.


Voilà à quoi elles ressemblent au 3ème stade (L3). Je les ai changées de boite, et suis passée à un garde manger grillagé. C’est plus aéré, il y a moins de risque d’humidité et donc de développement de moisissures et de maladies.

Leur couleur noire disparait de plus en plus.

Le 4 juin, certaines commence à être « gonflées ».

Quelques jours plus tard, certaines ont mué et sont au 4ème stade. Le changement de couleur est impressionnant ! Je met les branches de ronces dans l’eau pour qu’elles restent fraiches plus longtemps. De vieux pots de confiture ou de sauces diverses, en prenant soin de garder le couvercle dans lequel j’ai percé des trous pour passer uniquement les tiges de ronces. Question de sécurité, car les chenilles aiment bien descendre le long des tiges, et les risques de noyades sont élevés sans protection.


Au fur et à mesure de la croissance durant le 4ème stade, elles magnet énormément et grandissent beaucoup. J’ai une deuxième perte. Elles sont si voraces que je n’arrive pas à tenir la cadence, changer les ronces tous les 2 jours ne suffit plus. Comme il m’est impossible de les changer tous les jour et qu’en plus il reste encore une mue, je décide d’en relâcher 11. Du coup il m’en reste 20 à gérer, c’est plus simple.

Au 15 juin, les premières chenilles entament leur dernière mue.
Elles grossissent encore et encore.

Il y a quelques variations individuelles, les bandes noires reliant les verrues jaunes sont plus ou moins marquées.

Pour donner une idée de la taille, en voici une dans ma main.

Elles sont assez imperturbables, lorsque je change les branchettes de ronce, elles continuent à manger coûte que coûte !
Quand je change les ronces et nettoie la cage, je dois les mettre dans une boite temporaire pour ne pas qu’elles se sauvent. Les voici dans leur vraie boite, dans le feuillage. Elles se camouflent très bien !


Leurs pattes s’agrippent très bien à tous les supports (sauf le plastique de certaines boites, c’est aussi pour ça que les gardes mangers grillagés sont bien pour les élevages). En faisant un gros plan d’une des paires de fausses pattes, on comprend mieux pourquoi elles accrochent si bien.

Le 3 juillet la première chenille a fait son cocon. Avant cette épreuve, elle cesse de s’alimenter (comme pour les mues) et se vide. Elle fait des crottes toutes molles, cela peut paraitre inquiétant mais c’est tout à fait normal. Ensuite elle cherche un endroit qui lui convient puis commence à tisser. Les autres chenilles ne tarderont pas à faire de même.

Les chenilles sont toutes dans leur cocon aux alentours du 20 juillet. Elles se sont presque toutes agglutinées au même endroit. Il va maintenant falloir être patient, car les cocons doivent hiverner. J’ai donc placé le garde manger dans le garage, pour qu’ils soient à température extérieure. Si les cocons ne prennent pas le froid, la nymphose n’a pas lieu, et le papillon peut ne sortir que l’année suivante voire celle d’après !

Dans le courant de l’hiver, j’ai séparé les cocons et les ai épinglés afin de faciliter les éclosions. Je les ai également humidifiés une fois toutes les 1 à 2 semaines.

Le 22 mars 2017, première naissance ! C’est une femelle. Elle est superbe !

Elle est toute poilue ! Je l’ai relâchés là où sa mère avait pondu ses œufs. Et je ferais de même pour tous les autres.Les prochaines naissances ont lieu le 28 mars. 5 papillons, 4 femelles et 1 mâle. Ce dernier volait dans tous les sens, le temps d’attraper la boite pour aller relâcher tout le monde et il s’est accouplé avec une des femelles. Les femelles par contre sont très calmes. Elles se contentent d’émettre des phéromones pour attirer les mâles. Je les ai relâchés près d’un roncier, et au bout de même pas 5 min 4 mâles sauvages ont rappliqué ! Hallucinant a quelle rapidité ils arrivent.

J’étais contente, j’ai pu avoir un mâle sur le doigt quelques secondes avant qu’il ne s’envole !


Le 29 mars, 1 mâle et une femelle sont nés.
Le 31, 5 naissances encore, 2 mâles et 3 femelles.
Le 1er avril 1 femelle.
Le 3 avril 1 femelle.
Le 4 avril 2 mâles.
Le 5 avril 1 mâle.
A ce jour il me reste 2 cocons non éclos. J’espère qu’ils vont bien, dans tous les cas ils ne sortiront pas cette année.
Pour terminer voici un cocon ouvert aux ciseaux avec la chrysalide (vide) à l’intérieur.
Puis deux cocons, celui d’un mâle et celui d’une femelle. On remarque que celui du mâle (à gauche) est plus petit. Ses antennes sont plus épaisses également, même si celles de la femelles semblent aussi pectinées sur le cocon, on voit la différence. Bien sur celle-ci est nettement plus frappante sur les papillons.

16 réflexions sur “Petit paon de nuit (Saturnia pavonia) de l’œuf au papillon

  1. Que la nature est prodigieuse !!! … et quelle belle merveilleuse idée, tu as eue de les étudier de la sorte ! 🙂 Une fois de plus, tes très belles photos illustrant tes explications sont très parlantes et intéressantes !
    Merci Jessica.

    Aimé par 1 personne

  2. Bravo pour ce superbe reportage.
    Je suis en train d’élever des chenilles d’écailles et j’aurais souhaité les placer dans une caisse grillagée. Comment avez-vous fait pour vous en procurer une ? Merci de votre aide. Cordialement. Olivier

    Aimé par 1 personne

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